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Episode 6 - La fin du voyage Accueil > Projets en cours > Le compagnonnage de Romain et Coline : Tour d’Europe des Savoir-Faire >

Episode 6 - La fin du voyage


Salut les foireu-x-z, ceci consitue notre dernière (longue) lettre puisque nous voilà de retour au plat pays.

Bonne lecture à tou-te-s et au plaisir de se croiser aux ateliers de la Foire !


De la dentelle et du bois au cœur de l’arc jurassien

Après un mois complet passé aux bons soins de nos ami-e-s suisses, nous sommes redescendus de nos montagnes pour achever notre voyage. Nous avons terminé par un baroud d’honneur à travers l’hexagone puis avons ramené notre pingcar et nos savoir-faire à Bruxelles.

Nous avions choisi de nous rendre chez les helvètes en juin afin de profiter d’un climat clément, grand bien nous en pris : cela nous a permis d’enchaîner notre 5ème printemps depuis les Cévennes ! Car lorsque nous sommes arrivés le beau temps venait tout juste de s’installer et les cerisiers étaient enfin en fleur. Quel bonheur de vivre un printemps perpétuel !!!

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Nous étions notamment dans le canton du Jura, ultime canton de la confédération helvétique né de luttes farouches pour l’autodétermination d’un peuple. Depuis lors le Jura est considéré comme le canton rebelle. Toujours à voter à contre-pied, ne suivant pas les votations conservatrices et protectionnistes (proposées notamment par les fascistes de l’UDC). Une rare et récente victoire : le vote contre l’achat d’avions de chasse pour plus de 3 milliards de francs (projet particulièrement opportun compte tenu des menaces pesant sur le territoire helvète !).

Il flotte dans l’air une vague odeur de subversion... qui n’est pas pour nous déplaire !

Laissons de côté ces considérations pour se concentrer sur ce qui nous a amené dans le Jura suisse : la menuiserie et la dentelle.

Les artisans du bois (par Romain)

Le travail du bois était l’un des derniers savoir-faire inscrit sur ma liste, incontournable et indispensable dans notre recherche d’autonomie et nos envies d’explorer nos capacités manuelles. Auparavant, j’avais eu l’occasion de pratiquer la menuiserie chez mes parents en créant notamment un meuble pour le pingcar. Mais mon expérience était teintée d’amateurisme, tant dans la conception que dans la fabrication. Ainsi j’étais en recherche de méthodologie, de connaissances sur le comportement du matériau bois, sur les pré-requis au niveau de la sécurité, de l’outillage, des techniques de coupe, d’assemblage et de montage... En gros : j’avais envie de tout reprendre de zéro. Pour le coup, il me faudrait reprendre des études de menuisier. Hum... bon, on va faire autrement !

J’ai donc saisi l’opportunité de ce voyage pour aller dans ce sens, et l’accueil prodigué par Thierry et Fabrice, mes deux « maîtres menuisiers », m’a permis de faire un bond en avant dans ma pratique.

J’ai pu passer 10 jours avec chacun d’entre eux pour découvrir leur métier comme apprenti-menuisier.

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Fabrice est un menuisier-ébéniste à Porrentruy. En marge des chantiers de menuiserie il affectionne particulièrement la restauration de meubles anciens.

Dès mon arrivée, il m’a proposé de réaliser un tabouret pour tester mes aptitudes au travail du bois. C’est ce qu’il fait habituellement avec ses stagiaires. Alors que je réfléchissais devant ses chutes de bois à quelles essences choisir, il m’a suggéré d’en fabriquer un deuxième pour Coline afin d’apprendre à travailler plus d’essences de bois... évidemment je n’ai pas pu refuser ! Me voilà lancé dans la fabrication de tabourets avec 6 essences, 3 pour chacun (les pieds, les traverses et le tablier), en utilisant un maximum de machines pour préparer les sections, les tenons-mortaises et les chevilles. Au résultat, j’ai réalisé deux tabourets sans clous ni vis, en apprenant à utiliser un éventail de machines et à assembler d’équerre ! Fabrice s’est montré très patient devant mes innombrables sollicitations et il m’a appris à utiliser ses machines de manière à ce que je n’y laisse aucun doigt !

En parallèle, j’ai pu l’aider sur une restauration d’un meuble ancien en sapin. Cela m’a permis d’appréhender ce domaine très particulier : il s’agit d’enlever le minimum de matière originelle et en cas de besoin, de rendre la modification la plus ressemblante possible tout en la laissant visible et lisible pour une éventuelle intervention ultérieure. Du travail d’orfèvre !

Dans le temps qui nous était imparti, j’ai également eu l’occasion de toucher un peu au tour à bois. Trop peu pour étancher ma soif d’apprendre mais suffisamment pour sentir et comprendre le geste : au bout d’une poignée d’essais infructueux sur des sections rectangulaires, j’ai réussi à tailler une toupie ressemblante et tournante ! Youhouhou !

Fabrice est un artisan passionné, il aime transmettre son savoir-faire et partager sa passion pour le bois. Il a été un guide inspirant et sécurisant pour apprendre à utiliser les machines et comprendre comment utiliser le bois selon l’usage qu’on veut en faire. Il est également très accueillant : son atelier est une sorte de QG pour les voisins du quartier. La boulangère passe chaque matin porter le pain et les nouvelles, le patron de la scierie voisine vient travailler ses finitions, un collègue menuisier vient régulièrement demander conseil et utiliser les machines... son atelier est un véritable village en soi !

Thierry est menuisier à La Chaux-de-Fonds. C’est l’un des premiers artisans que l’on a contacté lors de la préparation de notre voyage, quoique compte tenu de l’environnement dans lequel il évolue (« la Tchô » ( La chaux-de-fonds) est située à 1000 m d’altitude au cœur des montagnes jurassiennes) on a préféré garder cette étape pour le printemps !

Dans sa pratique de menuisier, il aime notamment créer des pièces en mélangeant les matériaux : du bois avec du métal, du verre, des matériaux composites... Je l’ai aidé sur des créations de meubles ou des restaurations, mais aussi sur l’installation de pièces sur les chantiers. J’ai appris à utiliser encore d’autres outils : des machines sur table modernes à l’électro-portatif de pointe, en passant par un ancien coupe verre... J’ai pu découvrir des techniques de travail modernes avec le mélange de bois et de métal, tout comme des techniques de restauration classiques (comme remplacer une vitre sur une vieille fenêtre ou retaper un vieux plateau de table en noyer). Avec tout ça je commence à avoir un aperçu assez large de ce qu’il est possible de faire dans ce domaine !

Là encore, j’ai été frappé par la confiance qu’il m’a accordé, par sa capacité à me préparer pour une tâche pour ensuite me laisser libre dans son accomplissement, avec tous les outils et les machines. Cela ne m’a pas empêché de faire quelques erreurs : on ne doit JAMAIS passer du MDF dans la raboteuse !!! oups, désolé, je le referai plus...

Mais sa patience, sa passion pour son travail et son goût pour l’échange (je sais je me répète, mais c’est quand même exceptionnel d’avoir la chance de tomber sur des artisans réunissant ces qualités !) m’ont permis d’apprendre à être exigeant et méthodique, m’ont aidé à structurer mon travail.

Au final, cet apprentissage de la menuiserie dans l’arc jurassien m’a apporté exactement ce que je recherchais. C’est confirmé, j’aime ça travailler le bois ! Affaire à suivre...


De la soie, des croisements et des torsions (par Coline)

J’ai passé quelques temps auprès de Mireille pour découvrir l’art de la dentelle

Chaque matin, je partais à vélo le long du chemin de fer, depuis notre petit chalet de Delémont vers Courtételle à une dizaine de km. C’est dans une maison magnifique digne d’un conte de fée que Mireille m’a accueillie à bras ouvert pour me faire découvrir « la dentelle ».

Elle a su prendre le temps de me montrer ce qu’était la dentelle avant de me mettre au travail.

C’est en sortant de sa « chambre à dentelles » ( une pièce dédiée uniquement à cet art, remplie d’échantillons, de vêtements, d’accessoires, mais également de livres et de dizaines de boîtes soigneusement classées) que j’ai pu découvrir, toucher et commencer à percevoir les différences entre toutes les dentelles : Dentelles du Puy, de Binche, de Bruxelles, une Valencienne, une Chantilly, les différents réseaux ; fond clair, point à la rose etc...

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Il faut savoir que la dentelle est constituée de fils uniquement entrelacés ( il n’y a pas de nœud). Ces fils forment un fond de réseau sur lequel se détachent des motifs décoratifs.

C’est avec une vision un peu plus clair que j’ai pu entamer un ouvrage : Une chantilly.

La dentelle à pour principale spécificité d’être terriblement chronophage. Une dentellière professionnelle au XIXème travaillant de 12h à 15h par jour, réalisait des pièces de 10cm2 par jour.... vous imaginez l’histoire pour une débutante du XXIème siècle... Il m’a fallut 3 jours pour réaliser une pièce de 2/3cm !

Ce fût long, mais passionnant ! La dentelle demande une grande rigueur, beaucoup de concentration et de la patience, mais pour un résultat d’une telle finesse...

J’ai donc commencé par préparer mes 90 premiers fuseaux (petit nombre pour le début) en enroulant du fils de soie noir et en les mettant par paire. J’ai également préparer ma carte sur laquelle le motif et chaque croisement est dessiné ; j’ai ainsi pré-percé ces points de croisement pour faciliter par la suite l’insertion des aiguilles (car une fois la dentelle commencée, on y voit plus grand chose).

Une fois tout ceci fait, nous voici lancées dans une valse de fils se tordant et se croisant, voyageant et sortant. Le tout dicté par un dessin technique à suivre scrupuleusement. Il m’a fallu du temps pour bien comprendre la logique de l’ouvrage et comment m’y retrouver avec une centaine de fuseaux entre les doigts. Mais aussi incroyable que ça puisse paraître, au bout d’un moment on arrête de paniquer car on arrive à voir où on en est. Il est donc possible de se rendre compte où sont les erreurs et qu’il suffit de faire marche arrière pour les réparer !

C’est donc au bout de 3 jours que j’ai eu la satisfaction de découvrir mon œuvre !!!

Mireille, m’a également appris une technique de simili-dentelle très efficace et très rapide. Il s’agit d’un travail à la machine avec un hydrosoluble. Le réseau est fait à la machine sur le textile, une fois le travail fini il suffit de tout passer sous l’eau. Et voila le résultat !

J’ai passé une semaine incroyable et intense auprès de Mireille. Elle est tout à la fois dentellière, fileuse, feutrière et pleins d’autres choses encore ! Elle a été, en raison de sa personnalité et de sa façon d’appréhender ses métiers, une vraie inspiration face à mes questionnements de vie et de professions futurs. Un très beau moment qui risque de se réitérer car elle m’a proposé de revenir pour apprendre la dentelle à l’aiguille... je me réjouis !

Le Jura suisse nous a laissé un goût ambivalent : nous avons été totalement charmés par ses paysages, la chaleur humaine et la richesse des relations qu’on a développées sur place ; mais nous avons été interpellés par le coût de la vie et l’aspect ténu du système institutionnel de solidarité... Et c’est surtout la dichotomie entre la suisse de nos amis au cœur ouvert et la suisse à l’ambiance populiste et délétère qui nous a frappée.

Quoi qu’il en soit, c’est encore une fois les yeux embrumés que nous avons repris la route vers d’autres horizons. Sans l’ombre d’un doute, on retournera dans nos montagnes du Jura !

Et nous voici après un an sur les routes de France et de Suisse, après avoir goûté et pris goût à cet éventail de paysages et d’ambiances, après maintes rencontres modestes et géniales, après la découverte et l’approfondissement de nos aptitudes manuelles et créatives..., nous avons fait le choix de retourner dans notre zone de confort qu’est Bruxelles.

Cela nous laissera le temps de digérer toutes ces expériences et de déterminer ce qu’on pourra dorénavant faire de tout ça.

Et le retour en ville signifie notre séparation avec le ping’car... snif ! Avis aux amateur-ices sourire après 12 000 km de bons et loyaux services sans embûches nous mettons en vente notre petit pingcar. Pourvu qu’il aide à nouveau à accomplir un rêve !

Dans tous les cas nous ne ressortons pas indemne de ce voyage… pour le meilleur évidemment !

Au cours de cette année nous avons fait un grand pas vers l’autonomie.

Certains savoir-faire appris nous sont utiles au quotidien, d’autres nous ont ouvert des horizons que l’on se réserve à explorer plus tard, d’autres enfin nous ont profondément titillés au point d’éveiller, qui sait, une vocation ?

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Nous nous sommes également construits une carte subjective des petits coins de campagne ou de montagne où il fait bon vivre, simplement et tranquillement. La plupart des paysages dans lesquels nous avons évolués étaient constitués de forêts, de reliefs sereins et de vallées au milieu desquelles coule une rivière.

Cela a été loin de nous déplaire... nous ressentons encore l’appel de la forêt.

Nous avons souvent décrit nos rencontres de manière enthousiaste, pleine d’émerveillement au point de paraître presque un brin naïfs. Nous nous défendons d’avoir versé dans l’angélisme : dans l’immense majorité des cas les rencontres que l’on a faites cette année étaient toutes emplies de simplicité et de bon sens.

Peut-être est-ce dû à notre démarche, à notre façon d’aborder les gens. Peut-être est-ce une série de hasards... quoi qu’il en soit, nous ressortons confiants et enrichis de toutes ces énergies partagées.

Nous remercions nos copain-e-s, nos familles, nos hôtes d’un soir ou d’une semaine ou d’un mois, tou-te-s ceulles qui nous ont écrit, qui nous ont lus, qui nous ont soutenus.

Nous remercions tout particulièrement et très chaleureusement nos ami-e-s artisan-e-s qui ont accepté de partager leurs connaissances, leur temps et surtout de partager ces précieuses amitiés avec nous.

L’aventure continue.

On the road again !

Coline et Romain

mise en ligne le mercredi 26 novembre 2014 , par admin Sans logo.


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